Je vais vous parler d’un village où tous œuvrent dans le même sens. Rien à voir avec les Stroumphs, bien que la coloration bleue y soit souvent présente. Et avant d’en venir à mon sujet, mille excuses pour ceux qui attendaient de découvrir Tilos, il leur faudra patienter un mois de plus, mon inspiration a été guidée par l’actualité, à savoir la remise à l’eau d’Oniros.
Certains bateaux restent à l’eau toute l’année, sauf incident ou travaux particuliers. D’autres profitent des marées les mettant à sec pour effectuer certaines améliorations nécessaires à la bonne marche de l’embarcation. Un bateau, c’est un peu comme une maison de campagne, on n’a pas le temps de s’ennuyer entre les embellissements, les réparations et les ajouts de nouveaux appareils jugés soudain indispensables : éoliennes, panneaux solaires, dessalinisateurs…

Dans les régions où la navigation est saisonnière, on retrouve le même rituel : en fin de saison de navigation, on range le bateau pour le ressortir au début de la saison suivante. Dans l’Est de la Méditerranée, cela correspond à une sortie de l’eau aux mois d’octobre ou de novembre, pour une remise à l’eau entre les mois de mars et mai. C’est ainsi qu’Oniros a présenté son étrave à Marmaris fin octobre dernier pour y effectuer son hivernage. La sortie de l’eau étant prévue le 3 novembre, cela me laissait le temps de préparer mon bateau pour cette opération. Après un nettoyage classique intérieur et extérieur, démarrage de l’opération « démontage ». Les voiles sont affalées, lavées, rincées et pliées, de même que le taux de soleil et la capote. Tout ce que le bateau compte comme poulies sur le pont est rincé à l’eau douce et remisé à l’intérieur. Ensuite, les bouts et amarres sont mis au trempage pour dissoudre le sel accumulé pendant la saison. Enfin prêt, le bateau peut être sorti de l’eau à l’aide d’un portique (travel lift en anglais), puis transporté à sa destination finale, une aire ressemblant à un tarmac. Il est ensuite posé sur un ber, ou calé à l’aide de rondins.

Il n’y a rien d’extraordinaire à tout cela, on pourrait remplacer le bateau par la maison de campagne, ou par le salon de jardin avec son barnum, bref, tout équipement saisonnier que l’on remise pour l’année suivante. Et c’est bien ainsi que je l’ai vécu en novembre dernier, pressé aussi après cette belle saison de retrouver ma famille. De retour début avril, le 10 précisément, l’objectif était inverse, tout remonter pour la remise à l’eau, avec un exercice supplémentaire, le renouvellement de la peinture sous-marine autrement appelée antifouling, poncer, peindre… Le tarmac s’est encore rempli depuis mon départ en novembre, il n’y a pas 50 cm entre les bateaux, c’est un bel enchevêtrement. Environ 1000 bateaux sont stockés à terre, composant un étrange village. S’il s’y trouve des ouvriers œuvrant en général sur les grosses unités, beaucoup de propriétaires sont là, et s’il n’y a pas d’uniforme, le choix des tenues vestimentaires est restreint : bleus de travail, combinaisons blanches (pour le ponçage ou la peinture), vieux tee-shirts sont de mise. Si je suis venu faire du remontage, bricoler, poncer, peindre et nettoyer, je ne suis pas le seul, car tous ici font le même travail. Chacun en arrivant entreprend ces mêmes actions avec excitation, mais sans stress, avec pour but patient de remettre son bateau à l’eau. Ainsi, nous nous sommes rejoints en ce lieu pour quelques jours ou quelques semaines, convergeant vers le même objectif. Il y a une impression d’uniformité malgré de grandes différences entre les bateaux, leurs propriétaires et le programme et les destinations qu’ils envisagent. Ainsi, après avoir convergé pendant cette période à la remise à l’eau des bateaux, chacun d’entre nous va reprendre son chemin, nos routes vont à nouveau s’écarter. Sans doute nous retrouverons-nous en fin de saison à Marmaris...

Pour ma part, après la remise à l’eau, quelques réglages, de l’entretien et un peu de repérage ont constitué la dernière touche de préparation à cette nouvelle saison, et à aujourd’hui, tout est prêt pour vous accueillir. Promis, dans le prochain billet du skipper, je vous emmènerai à Tilos, l’île-nature, pour vous parler d’Edith, d’étranges villages et autres curiosités.

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